Comment bien gérer ses réseaux sociaux et gagner en visibilité ?

Les réseaux sociaux font aujourd’hui partie intégrante dans la vie d’un footballeur. Pour savoir comment gérer ses réseaux sociaux, entretien avec Matthieu Gonet, chargé de communication au SM Caen.

13. Dec 2017

L’expansion des réseaux sociaux ces dernières années a amené de nouvelles problématiques dans la vie d’un footballeur professionnel. Son image est désormais devenue un paramètre primordial pour lui permettre de travailler sereinement et de s’épanouir tout au long de sa carrière. Cela passe par une bonne communication vis-à-vis des médias, mais également par une interaction avec son public, d’où l’importance des réseaux sociaux. Or, la gestion d’une communauté de fans et d’un compte public peut vite devenir problématique, à l’image des nombreuses affaires qui ont eu lieu ces dernières années, comme celle de Serge Aurier pour ne citer qu’elle. Un joueur de football médiatisé doit désormais faire attention à chacune de ses interventions sous peine de créer des polémiques intempestives dans le développement de sa carrière professionnelle et de son image.

Ainsi, pour savoir comment gérer au mieux ses réseaux sociaux et gagner en visibilité, nous nous sommes entretenu avec Matthieu Gonet, attaché de presse et chargé de la communication du SM Caen.

Pouvez-vous vous présenter ? (expériences, parcours professionnel)

« Je m’appelle Matthieu Gonet. Je suis chef de projet en relation presse et en communication digitale au SM Caen. Avant d’arriver dans le football, je travaillais dans le service communication aux relations presse d’une banque en ligne à Paris. Puis, lorsque des postes se sont créés, j’ai eu l’opportunité de rejoindre le Stade Malherbe de Caen. Etant donné que je suis normand et que j’adore le football, j’ai décidé de postuler et j’ai eu la chance d’être pris. J’arrive aujourd’hui dans ma huitième saison au club, avant j’étais plus au service marketing ou je passais sur la communication au moment où on a lancé les réseaux sociaux. »

En quoi consiste votre métier ?

« J’ai deux parties distinctes dans mon poste : la première est celle de chef de relation presse : je suis « attaché de presse du club », c’est-à-dire que j’organise toutes les relations publiques et les relations presse du club, toutes les interviews, que ce soit pour les dirigeants, les joueurs ou le staff. Les journalistes de presse prennent contact avec moi pour valider et organiser les entretiens.

La seconde partie de mon poste est d’organiser aussi toutes les relations presse autour des matchs, que ce soit les matchs amicaux, les matchs de préparation, ou encore les matchs officiels en Championnat et en Coupe. Les clubs professionnels ont beaucoup d’obligation auprès de la Ligue, auprès des diffuseurs télés et auprès de tous les médias traditionnels comme la radio, la presse écrite ou encore le web. »

« Il y a des réunions qui sont misent en place au fur et à mesure avec les jeunes du centre pour faire de la prévention autour des réseaux sociaux. »

Vous occupez-vous des réseaux sociaux du club ?

« J’ai lancé les réseaux sociaux il y a donc 8 ans lorsque j’ai intégré le club. Depuis, nous avons recruté un community manager qui a pris ma suite et qui a développé ce qu’on a fait dessus. J’avais lancé à l’époque les pages Twitter et Facebook du club. Aujourd’hui, nous avons développé les pages Instagram, Périscope et Snapchat du club avec un community manager qui alimente désormais tous ces réseaux. Nous sommes plusieurs au service communication à lui apporter des contenus. Nous avons également un rédacteur pour le site web qui apporte du contenu pour les réseaux sociaux, nous avons un JRI (journaliste reporter d’image) qui apporte du contenu vidéo et nous avons des monteurs qui créent des bandes d’annonces vidéo et des résumés pour les matchs. »

Quel rapport entretenez-vous avec les joueurs professionnels du SM Caen ?

« Personnellement, je suis toute la semaine en contact avec eux, que ce soit à l’entraînement ou dans les vestiaires puisque j’ai besoin de gérer et d’organiser toutes les interviews avec eux, que ce soit du point de vue marketing pour le club ou en-dehors des médias. Nous sommes un petit club, même si nous avons une équipe professionnelle de Ligue 1, nous avons un budget restreint. Donc, cela nous permet d’avoir une grande proximité avec les joueurs qu’il peut ne pas y avoir dans un grand club. »

« Notre Centre de formation a été complètement réorganisé  depuis les deux dernières années. Il a été mis en place tout un secteur qui apprend aux jeunes tout ce qu’il y a à côté du football. »

Du fait de cette proximité, mettez-vous en place des réunions avec les joueurs pour les prévenir à propos de l’utilisation des réseaux sociaux ?

« Pas au niveau des professionnels. Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent avec leurs réseaux sociaux personnels. Après, au niveau du club avec le community manager, nous surveillons quand même ce qu’ils publient sur les réseaux sociaux puisque c’est du contenu important pour l’image du club. S’il y a des publications qui nous paraissent limites, nous pouvons prendre contact avec eux pour les prévenir, mais on ne leur dit pas quoi faire. Ils sont totalement libres.

En revanche, pour ce qui est des jeunes en Centre de Formation, c’est totalement différent. Cela fait maintenant partie des choses que les jeunes doivent apprendre quand ils sont formés à devenir footballeur professionnel. Il y a des réunions qui sont misent en place au fur et à mesure avec les jeunes du centre pour faire de la prévention autour des réseaux sociaux, via des interventions de notre community manager ou de personnes extérieures. Cela peut même être via des journalistes qui sont spécialisés dans le domaine (ndlr : le média training) et qui peuvent intervenir auprès des jeunes pour leur présenter les réseaux sociaux avec les avantages, les inconvénients ou encore les risques qu’il peut y avoir. On a forcément plein d’exemples de joueurs très médiatisés qui ont dérapés, et les conséquences leurs sont retombées dessus dans leurs carrières professionnelles et sportives.

Serge Aurier avait fait polémique en 2015 après des propos injurieux à l’encontre des joueurs du Psg tenus sur Périscope

Donc, il peut y avoir des interventions au niveau de la formation, mais pas au niveau professionnel. A partir du moment où le joueur atteint la vingtaine d’année, nous partons du principe qu’il a été formé avant et qu’il a déjà eu cette intervention-là par le passé dans le club auquel il a été formé. »

« Un conseil tout bête : après une défaite, il vaut mieux ne pas ouvrir son téléphone ou ses réseaux sociaux. »

Ces réunions de préventions avec les jeunes sont-elles fréquentes ?

« Ce n’est pas quelque chose qui va être régulier dans la saison. Il peut y en avoir plusieurs : deux, trois, au fur et à mesure, mais ce n’est pas fréquent.  En revanche, c’est quelque chose qu’on est amené à développer et qu’on souhaite développer. Notre Centre de formation a été complètement réorganisé  depuis les deux dernières années. Il a été mis en place tout un secteur qui apprend aux jeunes tout ce qu’il y a à côté du football, c’est-à-dire que ça peut être les réseaux sociaux comme le soutien scolaire, on a beaucoup de professeurs bénévoles qui viennent donner du soutien scolaire à nos jeunes, ça peut être également comment gérer son argent … vivre au quotidien finalement. A partir du moment où les joueurs sortent du Centre de Formation, atteignent un statut de stagiaire ou de joueur professionnel au sein du club et sont amenés à avoir un appartement ou une maison, nous essayons de les préparer à la vie « post-Centre de Formation ». »

Comme vous l’avez dit, les réseaux sociaux regorgent d’attaques et d’insultes à l’encontre de joueurs. Comment faites-vous pour que les jeunes joueurs évitent de répondre aux provocations qu’on peut retrouver sur les réseaux sociaux ?

« On ne peut de toute façon pas maîtriser la réaction d’un joueur. Notre travail est de leur montrer ce qu’il peut y avoir comme problème et comme conséquence à ces réactions, car ce sont souvent des réactions épidermiques. »

Par exemple, un conseil tout bête : après une défaite, il vaut mieux ne pas ouvrir son téléphone ou ses réseaux sociaux. Il vaut mieux attendre, laisser reposer 24 heures, et revenir dessus pour répond tranquillement aux gens, plutôt que de réagir dans la réaction émotionnelle Lorsqu’on se fait attaqué directement sur notre jeu ou quelque chose à côté, c’est compliqué de réagir positivement ou calmement. A partir du moment où on est dans l’émotion et dans la réaction épidermique, ça devient compliqué de garder son calme. »

« On ne peut pas être que bons sur les réseaux sociaux, il faut être respectueux avec les gens à côté. »

On le sait aussi, les réseaux sociaux peuvent aussi être un atout pour améliorer l’image et la communication d’un joueur, à l’image d’un Pogba ou d’un Griezmann qui ont une certaine proximité avec leurs fans. Comment améliorer sa communication en s’appuyant sur les réseaux sociaux et gagner en visibilité ?

« Il y a beaucoup de choses qui rentrent en compte. Le fait d’avoir une proximité avec les gens, de leur répondre est très intéressant, mais ce n’est pas forcément possible pour tout le monde. A partir du moment où une personnalité a énormément de followers sur un réseau social, ça devient quasiment impossible pour lui de répondre à tout le monde.»

Après, il faut réussir à mettre en place une sorte de « stratégie de communication » ou on amène du contenu que les gens ne peuvent pas forcément voire en regardant les matchs à la télé ou en assistant aux entraînements. Ce sont des petits « à côté » que les gens apprécient et on garde une proximité avec eux. Mais tout cela ne se passe pas uniquement sur les réseaux sociaux, ça se passe également dans la vraie vie. Cela passe par des gestes simples, comme quand des enfants viennent aux entraînements, leur faire un sourire, leur dédicacer un ballon, un maillot … ce genre de choses fonctionne tout autant que d’avoir une bonne communication sur les réseaux sociaux. On ne peut pas être que bons sur les réseaux sociaux, il faut être respectueux avec les gens à côté. »

Pour revenir un peu sur votre métier, quelle a été son évolution avec le développement des réseaux sociaux ?

« Son évolution et l’intérêt principal est la réactivité, la possibilité de toucher les gens beaucoup plus simplement que via nos sites internet de clubs ou via les médias traditionnels. On poste du contenu sur les réseaux sociaux, on touche les gens sur leur téléphone, donc peu importe où ils sont, on peut les informer directement. C’est le gros point fort pour nous dans l’évolution du métier avec le développement des réseaux sociaux. »

Quels conseils souhaiteriez-vous donner aux jeunes joueurs qui souhaitent devenir professionnels et avoir une bonne image ?

« Il faut qu’ils soient sympas (rire). C’est un tout, ce n’est pas juste répondre aux gens sur les réseaux sociaux ou poster des vidéos sympas. Un joueur professionnel doit être à la fois professionnel dans son métier de footballeur, c’est-à-dire qu’il doit bien faire ses entraînements, ses soins, être assidu,  et sympathique avec les gens quand ils viennent à l’entraînement ou quand ils viennent aux matchs, même si on a perdu, il y a des gens qui se sont déplacés au stade pour venir les voir jouer. C’est un tout, ce n’est pas juste les réseaux. Une image se cultive au quotidien. »

Merci à Matthieu Gonet pour cet entretien riche d’enseignements. Nous lui souhaitons à lui et au Stade Malherbe de Caen une bonne fin de saison.

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